BERTRAND

Un soir, où la bonne déposa la soupière, fumante, au centre de la table familiale, regardant droit devant lui, le buste raide, il annonça, à son père et à sa mère, la tentative de se faire pratiquer par l'ami de l'un de ses professeurs de faculté, la greffe de neurones embryologiques. Prélevés sur des foetus, ils remplaceraient les fibres défectueuses du nerf optique. Le risque était minime et si la tentative échouait, son cas resterait stable, comme à ce jour. Toutefois, par des mots choisis et une voix sereine, il leur fit part, donc, de son intention. Il souhaitait la tenter, non pour, uniquement, sa petite personne mais au nom de la science et du soulagement pour d'autres malades similaires. La mère regarda son mari et ce dernier finit par accrocher son regard :

- Tu ne crois pas qu'il serait vain d'espérer en connaissant le risque important de l'échec ?

- Non ! Répondit l'interpellé, calm, mais d'un ton péremptoire. Je ne me fais pas d'illusions mais je pense qu'il est nécessaire de le faire. Même si cela ne devait m'apporter qu'un jour de voyance... Ou moins !

Le couple échangèrent, à nouveau, leurs regards. Le père insista en prêchant que l'homme ne saurait corriger les épreuves que Dieu lui mettait sur sa route. Devant le mutisme de son fils, il finit par abdiquer. Tous trois finirent le repas en silence.

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