Préambule

    Il est assis sur un banc de pierre, dans un jardin public. Il n'a pas l'air de s'ennuyer. Assis, simplement. Il semble ne pas être dans le Présent. Ailleurs... Des enfants jouent dans le parc. Autour de lui, des mamans discutent entre elles, tout en gardant un œil bienveillant sur leurs progénitures qui s'ébattent dans l'aire de jeux, aménagée à leur intention. Certains de ces enfants, filles et garçons mélangés, grimpent aux échelles de cordes ou de bois. D'autres se laissent glisser le long de la rampe du toboggan. Les manteaux des femmes, aux regards tendres, sont ouverts, en ce dimanche après-midi ensoleillé. Les rayons, caressants du Soleil, rougissent leurs gorges découvertes. Les branches des grands arbres vont et viennent au gré du souffle léger du vent. Un parc planté au milieu d'une ville de béton, dans un pays. Une petite ville qui grandit au fur et à mesure des ambitions des hommes qui la gèrent et qui passent, leurs mandats terminés. Là, où l'homme est assis, cela ressemble à un petit square. C'est sa particularité à cette aire de verdure. Par petites touches, l'architecte-botaniste avait su préserver des petits coins d'intimité et, le promeneur ou le jeune couple venu chercher un refuge ne se sentait pas écrasé par l'immensité, occupé par cet espace vert. L'homme semble en confrontation. A l'intérieur du crâne, l'Esprit lui donne des raisons de justifier sa solitude. Il n'en est pas navré. Il vit avec une femme, sans enfants. Pas de maîtresse non plus. Cette situation était souhaitée et choisie. Sa solitude est autre : seul en lui-même et face à lui-même ! Si un observateur vient à passer par-là, il penserait que cet homme est une personne calme, tranquille mais, s'il approfondit son examen, il verrait que ce gars-là est en grande affaire, avec lui-même. Ce problème, soumis par l'encéphale au Cœur à cette silhouette, assise sur ce siège de pierre, gris et verdâtre, aux pieds rectangulaires et parallèles, prend sa source au plus profond de la Vie, de la Chair et des Entrailles. A l'endroit le plus incertain de la naissance d'une existence mais si chaud, si profondément rassurant : le ventre d'une femme ! Une question le taraude comme un mauvais rêve ; comme une pensée malveillante ; comme les incessants cycles de Mère Nature : où est passé son enfance ?

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