Un rêve ?
Le chariot, tiré par deux chevaux blancs aux crinières noires, soulevées par le mouvement, allait sur le chemin de terre et de rocailles. Des éclairs zébraient le ciel ténébreux de la nuit. Un écran de nuages, chargés d'eau, cachait la Lune, blanche en ce mois d'août. Le postillon et le convoyeur semblaient dormir sur le siège. Il servait, également, de coffre de rangement pour le cocher. Deux lanternes, suspendues de chaque côté, éclairaient les bas-côtés de la route plutôt que le devant. Età cause de la vitesse, les flammes des mèches, imbibées de pétrole, formaient deux traits continus, rouges. La toile du chariot était déchiré, par endroits, et des lambeaux frappaient ses flancs. Dormant au bord du fossé, j'entendis les bruits des sabots martelant la terre boueuse où la pluie s'écoulait en des canaux qui, parfois, stagnait dans des cratères, formant de petits lacs. Je m'élançais et put agripper l'encolure d'un cheval. Je l'enfourchais et j'arrivais à stopper l'attelage. Ensuite, j'essayais de réveiller les deux hommes mais un sommeil profond les enveloppait. Intrigué, je me dirigeai vers l'arrière du véhicule et écartait un pan de la bâche. Mon sang devint froid et mes cheveux voulurent sortir hors de leurs orifices d'implantation : trois têtes posées sur une table ! L'une en bout et les deux autres, de chaque côté, se faisant face. A ce moment, une main se posa sur mon bras droit et m'invita à monter. Tenaillé par la peur et ceinturé par le bras du cocher, j'obéis. Il ressortit et j'attendis. L'attelage s'ébranla et reprit, au bout de peu, sa folle course. Trois fois, au cours de cette nuit, notre étrange équipage stoppa. Deux hommes et une femme prirent place à mes côtés au fond, sur le plancher. Puis, le conducteur fit arrêter les chevaux. L'arrière de la bâche s'ouvrit et l'autre homme, semblant éveillé, nous invita à descendre. Nos yeux hagards découvrirent, alors, l'endroit où nous étions enfin arrivés : une île !
Pour traverser le bras de mer qui séparait cette du continent, nous prîmes tous les six, un bac. Ce morceau de terre, entouré par l'eau de mer, était composé d'une grande montagne de couleur anthracite. Deux arbres, du genre peupliers d'Italie, formaient l'entrée. Dans la paroi de granit, un grand et large trou : une caverne. Nous suivîmes les deux hommes. A l'intérieur, un escalier aux marches de pierres, rendues glissantes par le suintement et qui en recouvrait les parois internes de la grotte. Il nous menait en ses profondeurs. Nous débouchâmes, ainsi, dans une vaste pièce, creusée au centre de la montagne. Tous les cinq mètres à peu près, des torches, accrochées aux parois, flambaient. Au fond et en son milieu de cette vaste salle voûtée, une espèce de trône était installé. Et dans le fauteuil vaste, aux larges accoudoirs, un homme et une femme siègeaient. Vêtus, tous deux, d'une longue et identique cape sombre dont les capuchons rabattus, nous empêchaient de distinguer leurs traits. Notre escorte, après nous avoir enjoint de nous approcher du trône, allèrent se poster près de l'entrée. Avant de se retirer, ils tirèrent les pans d'un grand rideau de taffetas pourpre.
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